En France, quatre personnes sur dix déclarent avoir du mal à accéder aux soins là où elles vivent, selon une enquête réalisée en janvier 2026 par l’Institut Verian et la Fondation Jean Jaures, en partenariat avec la Fédération hospitalière de France (FHF). Plus d’un tiers des personnes interrogées (36%) estiment vivre dans un désert médical, une proportion qui atteint 52% dans les zones rurales. Face à ce constat, une solution a fait ses preuves dans de nombreux pays : l’accès direct. Ce dispositif permet à un patient de consulter directement certains professionnels de santé sans avoir besoin d’une ordonnance du médecin. L’enjeu n’est pas de remplacer les médecins, mais de multiplier les portes d’entrée dans un parcours de soins.

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Du temps médical libéré pour les situations complexes
Le bénéfice le plus immédiat de l’accès direct, c’est le désengorgement du cabinet du médecin généraliste. Les troubles musculosquelettiques (tendinites, lombalgies, etc.) représentent à eux seuls environ 15 à 20% des consultations de soins primaires en Europe. Or, de nombreuses études montrent que ces pathologies se prêtent parfaitement à une prise en charge en accès direct par le kinésithérapeute. Au Royaume-Uni, seulement 8% des patients ayant consulté un kinésithérapeute en premier recours sont revenus voir leur médecin pour le même problème, contre 31% de ceux ayant d’abord consulté leur médecin généraliste. En Norvège, l’instauration de l’accès direct a entraîné une réduction immédiate de 10% des consultations de médecine générale liées aux troubles musculosquelettiques. Une revue systématique synthétisant les résultats de 21 études (portant sur un total de plus de 90 000 patients) consolide cet ordre de grandeur : dans 15 études sur 21, l’accès direct est associé à une baisse de 10 à 30% des consultations de médecine générale pour ces motifs, libérant du temps pour la prise en charge d’autres pathologies.
Pour les pathologies courantes, les infirmiers en pratique avancée (IPA) apportent des bénéfices similaires. Une étude espagnole portant sur plus de 1,2 million de consultations montre par exemple que les infirmiers ont pris en charge 62,5% des cas sans recours à un médecin, avec seulement 4,6% de retours en consultation de médecine générale dans les 7 jours pour le même motif.
Des délais d’attente enfin réduits
81% des personnes interrogées dans le cadre de l’enquête Verian-Fondation Jean Jaures-FHF de janvier 2026 déclarent avoir déjà renoncé à consulter un professionnel de santé au cours des douze derniers mois, notamment à cause de délais d’attente trop longs (65%). L’accès direct apporte une réponse concrète à ce renoncement aux soins en raccourcissant les délais de prise en charge. Une revue systématique de 2023 synthétisant les résultats de 28 études souligne ainsi que le délai moyen d’accès à un kinésithérapeute était d’environ 12 jours en accès direct contre plus de 35 jours dans un parcours de soins traditionnel débutant par une consultation chez le médecin. En Australie, des études de 2011 et 2016 montrent également que les patients pris en charge directement par un kinésithérapeute ont un temps d’attente aux urgences réduit d’environ 25 à 30 minutes. Les résultats sont du même ordre pour les IPA aux urgences : délais raccourcis, satisfaction élevée des patients, qualité de soins équivalente à celle des médecins.
Ces délais d’attente réduits ne sont pas que des indicateurs de confort : ils ont une valeur clinique réelle. Une prise en charge précoce favorise une récupération plus rapide, car les traitements interviennent plus tôt et évitent l’installation dans la durée (chronicisation) des pathologies. Les patients reprennent donc leurs activités habituelles plus vite avec des arrêts de travail moins fréquents et plus courts.
Une qualité de soins préservée et moins de médicaments
La question de la sécurité est souvent la première objection soulevée. Les données y répondent clairement. En France, le rapport de 2022 de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) consacré à l’expérimentation de l’accès direct aux kinésithérapeutes conclut, après analyse de la littérature internationale, que le risque de perte de chance pour le patient « paraît devoir être relativisé ». La revue Cochrane, référence mondiale en matière d’évaluation scientifique, fait le même constat dans le cas des infirmiers en accès direct. Pour les problèmes de santé courants et les maladies chroniques, ils fournissent des soins d’une qualité au moins égale à celle observée lorsqu’un parcours de soins débute par une consultation chez le médecin. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) l’a encore rappelé dans un rapport de 2024 sur les IPA : aucun impact négatif sur la qualité des soins et la sécurité des patients n’a été observé.
À ces garanties s’ajoute un bénéfice souvent négligé : l’accès direct réduit le recours aux médicaments. Une étude française de 2024 sur la prise en charge de la lombalgie en accès direct le confirme : l’accès direct offre une qualité de soins équivalente au parcours traditionnel, tout en réduisant le recours aux médicaments.
Ainsi, les données scientifiques disponibles sont convergentes : l’accès direct peut améliorer l’efficacité du premier recours dans les zones sous-dotées en rendant le système plus efficace : davantage de points d’entrée, des délais potentiellement réduits, et du temps médical préservé pour les situations qui l’exigent réellement.