Dans le système de santé français, le réflexe est bien ancré : on consulte d’abord son médecin traitant, qui oriente ensuite vers d’autres professionnels de santé selon les besoins. Mais ce modèle montre ses limites : plus d’un tiers des Français (36%) estiment vivre dans un désert médical, selon une enquête de janvier 2026 réalisée par l’Institut Verian et la Fondation Jean-Jaurès, en partenariat avec la Fédération hospitalière de France (FHF). Face à ce constat, le modèle de « l’accès direct » propose une autre logique : consulter directement le professionnel compétent, sans ordonnance, lequel réorientera vers un médecin quand cela est nécessaire.

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Image générée par intelligence artificielle (IA)

Qui est déjà concerné ?

En France, quelques professionnels de santé sont déjà en accès direct. C’est par exemple le cas des sages-femmes ou de certains spécialistes, comme les chirurgiens‑dentistes. Depuis la loi Rist 2 de 2023, l’expérimentation s’est élargie, dans un cadre restreint, aux kinésithérapeutes, infirmiers en pratique avancée (IPA) et orthophonistes.

À l’échelle mondiale, cette organisation existe (avec des modalités variées) depuis longtemps dans de nombreux pays. Selon la World Physiotherapy, il est par exemple possible de consulter directement un kinésithérapeute dans au moins 48 pays.

Comment ça fonctionne concrètement ?

Dans un parcours de soins en accès direct, le patient consulte en première intention le professionnel de santé (infirmier, kinésithérapeute, etc.) adapté à son problème. Ce dernier réalise un bilan diagnostic, prend en charge ce qui relève de ses compétences, et oriente vers un médecin si la situation l’exige. Dans tous les cas, il transmet son bilan au médecin traitant en s’appuyant notamment sur des outils comme le dossier médical partagé (DMP).

Est-ce sûr ? La science répond oui

Les nombreuses études scientifiques menées en France et à l’international convergent toutes vers le même constat : l’accès direct est sûr et efficace. En France, un rapport de 2022 de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) consacré à l’expérimentation de l’accès direct aux kinésithérapeutes conclut que le risque de perte de chance pour le patient « paraît devoir être relativisé ». La revue Cochrane, référence mondiale en matière d’évaluation scientifique, fait le même constat dans le cas des infirmiers en accès direct. Pour les problèmes de santé courants et les maladies chroniques, ils fournissent des soins d’une qualité au moins égale à celle observée lorsqu’un parcours de soins débute par une consultation chez le médecin. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) l’a encore rappelé dans un rapport de 2024 sur les IPA : aucun impact négatif sur la qualité des soins et la sécurité des patients n’a été observé.

Cette sécurité repose sur la formation des professionnels de santé. Ils sont préparés à identifier les signes cliniques (nommés « drapeaux rouges ») indiquant des situations nécessitant une orientation vers un médecin. Les études montrent d’ailleurs une grande pertinence dans leurs décisions d’orientation.

Pourquoi ça intéresse tout le monde ?

Les bénéfices sont partagés. Pour les patients, moins de démarches, un accès plus rapide aux soins et une prise en charge par l’Assurance Maladie dans les mêmes conditions que les consultations effectuées sur ordonnance. Pour les médecins, un allègement des consultations d’orientation, qui leur libère du temps pour ce qui constitue le cœur de leur métier : diagnostiquer et traiter les cas complexes. Pour le système de santé, cette évolution est neutre pour les dépenses publiques et peut même générer des économies grâce à une organisation plus efficace des soins.

L’accès direct n’est pas une révolution : c’est l’évolution logique d’un système qui cherche à mieux mobiliser les compétences de chacun, au bénéfice de tous.